Prostate, vessie, rein, testicule : découverts tôt, ces cancers bénéficient aujourd’hui de traitements efficaces et souvent peu invasifs. Chaque décision est prise en équipe, en lien avec les oncologues, et expliquée pas à pas.
Les cancers urologiques sont des tumeurs malignes qui se développent dans les organes de l’appareil urinaire (rein, voies urinaires, vessie) et dans les organes génitaux masculins (prostate, testicule). Les plus fréquents sont ceux de la prostate, de la vessie, du rein et, chez l’homme jeune, du testicule.
Chacun a son histoire, ses signes et ses traitements. Ils ont pourtant un point commun : plus ils sont découverts tôt, plus le traitement est simple, et plus il est possible de préserver l’organe et la qualité de vie.
Entendre le mot « cancer » est toujours difficile. Le rôle de l’urologue est aussi de vous expliquer chaque étape, de répondre à vos questions et de vous accompagner, vous et vos proches, tout au long de la prise en charge.
Les signes qui doivent alerter
Ces signes sont le plus souvent dus à une cause bénigne (infection, calcul, adénome). Mais ils doivent toujours conduire à une consultation, sans attendre qu’ils s’aggravent :
Sang dans les urines, même une seule fois et sans douleur
Grosseur, durcissement ou augmentation de volume d’un testicule
PSA élevé ou en augmentation sur une prise de sang
Douleur lombaire persistante, sans explication
Envies d’uriner fréquentes et brûlures persistantes, sans infection retrouvée
Fatigue, perte de poids ou de l’appétit inexpliquées
De nombreux cancers du rein et de la prostate sont aujourd’hui découverts sans aucun symptôme, lors d’une échographie ou d’une prise de sang. C’est une bonne nouvelle : ce sont souvent des formes plus faciles à traiter.
Facteurs de risque
Le tabac est le principal facteur de risque évitable du cancer de la vessie et un facteur important du cancer du rein. Arrêter de fumer réduit le risque, à tout âge.
L’âge : les cancers de la prostate, de la vessie et du rein sont plus fréquents après 50 ans.
Les antécédents familiaux, en particulier pour le cancer de la prostate (père ou frère atteint) et certaines formes héréditaires de cancer du rein.
Certaines expositions professionnelles (colorants, caoutchouc, goudrons, solvants) et une infection ancienne par la bilharziose pour la vessie.
Le surpoids et l’hypertension artérielle pour le rein ; un testicule non descendu dans l’enfance pour le testicule.
Une simple analyse d’urine ou de sang peut être le point de départ d’un diagnostic précoce.
Diagnostic
Le diagnostic suit des étapes précises. Le but est de confirmer la nature de la tumeur, de connaître son étendue et de réunir tous les éléments nécessaires au choix du meilleur traitement.
Consultation et examens
Examen clinique, analyses de sang et d’urine, imagerie (échographie, scanner, IRM) et, selon l’organe, exploration de la vessie par endoscopie (cystoscopie).
Confirmation et bilan
Le diagnostic est confirmé par l’analyse d’un prélèvement (biopsie, résection ou pièce opératoire). Un bilan d’extension vérifie si la maladie est localisée.
Décision en RCP
Votre dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), qui réunit urologues, oncologues, radiothérapeutes, radiologues et pathologistes.
La RCP garantit que chaque proposition de traitement est partagée par plusieurs spécialistes et conforme aux recommandations. Elle vous est ensuite expliquée en consultation : vous restez libre de poser toutes vos questions et de prendre le temps de la réflexion.
Les quatre principaux cancers urologiques
Pour chacun, voici les signes d’alerte, les examens habituels et les grands principes du traitement. Ouvrez chaque rubrique pour en savoir plus.
Signes d’alerte : le plus souvent aucun au début. Il est suspecté devant un PSA élevé ou une anomalie au toucher rectal. Les troubles urinaires sont en général dus à un adénome associé.
Diagnostic : IRM de la prostate, puis biopsies ciblées si nécessaire, réalisées sous anesthésie locale. L’analyse précise l’agressivité de la tumeur, qui guide le traitement.
Traitement : pour les formes peu agressives, une surveillance active évite des traitements inutiles. Sinon : chirurgie (prostatectomie totale, souvent par cœlioscopie ou assistée par robot), radiothérapie, parfois associée à une hormonothérapie ; d’autres traitements existent pour les formes avancées.
Signes d’alerte : du sang dans les urines, souvent sans douleur et parfois intermittent ; plus rarement des envies fréquentes ou des brûlures persistantes sans infection.
Diagnostic : analyse d’urine (dont la cytologie), échographie ou scanner, et surtout cystoscopie, qui permet de voir l’intérieur de la vessie.
Traitement : la résection endoscopique (par les voies naturelles) retire la tumeur et permet de l’analyser. Les tumeurs superficielles sont souvent complétées par des instillations de médicaments dans la vessie et une surveillance régulière par cystoscopie. Les formes qui infiltrent le muscle peuvent nécessiter l’ablation de la vessie (cystectomie), une chimiothérapie ou une radiothérapie.
Signes d’alerte : souvent découvert par hasard à l’échographie. Parfois sang dans les urines, douleur lombaire persistante ou masse palpable.
Diagnostic : scanner ou IRM avec injection, qui caractérisent la tumeur et vérifient l’état de l’autre rein ; une biopsie est réalisée dans certains cas.
Traitement : la chirurgie est le traitement principal. Chaque fois que possible, seule la tumeur est retirée en conservant le reste du rein (néphrectomie partielle), souvent par cœlioscopie. Les petites tumeurs peuvent parfois être surveillées ou détruites par le froid ou la chaleur ; les formes avancées relèvent de traitements médicaux (thérapies ciblées, immunothérapie).
Signes d’alerte : touche surtout l’homme jeune, entre 15 et 40 ans. Grosseur dure, le plus souvent indolore, ou sensation de lourdeur d’un testicule. L’autopalpation régulière aide à le repérer.
Diagnostic : échographie des testicules et prise de sang à la recherche de marqueurs tumoraux (AFP, hCG, LDH), puis scanner pour le bilan.
Traitement : ablation du testicule atteint par une incision au pli de l’aine (orchidectomie) ; une prothèse peut être proposée. Selon le type et le stade : surveillance, chimiothérapie ou radiothérapie. Une conservation de sperme est proposée avant tout traitement. Ce cancer répond généralement très bien aux traitements.
Traitements et interventions
Le traitement dépend du type de cancer, de son stade, de votre état de santé et de vos souhaits. Il associe souvent plusieurs approches, coordonnées entre l’urologue et l’équipe d’oncologie.
Formes peu évolutives
Surveillance active
Certaines petites tumeurs peu agressives sont suivies de près par des examens réguliers. Un traitement n’est proposé qu’en cas d’évolution.
Chirurgie
Chirurgie endoscopique et mini-invasive
Résection des tumeurs de vessie par les voies naturelles, chirurgie du rein ou de la prostate par cœlioscopie : moins de douleur et une récupération plus rapide lorsque c’est possible.
Chirurgie
Chirurgie conservatrice ou élargie
Conserver l’organe chaque fois que la sécurité le permet (néphrectomie partielle), ou le retirer entièrement lorsque c’est nécessaire pour traiter la maladie.
Oncologie
Traitements médicaux et radiothérapie
Chimiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie, thérapies ciblées ou radiothérapie, réalisées par l’équipe d’oncologie, seules ou en complément de la chirurgie.
Après le traitement, un suivi régulier est organisé (consultations, analyses, imagerie). Il permet de vérifier l’efficacité du traitement, de détecter précocement une éventuelle récidive et de prendre en charge les effets secondaires, notamment urinaires et sexuels.
Quand consulter ?
Consultez en urgence si :
Vous urinez du sang abondant avec des caillots, ou n’arrivez plus à uriner
Un testicule devient brutalement très douloureux et gonflé (torsion possible, surtout chez le jeune)
Vous avez de la fièvre ou une douleur intense pendant ou après un traitement
Appelez le 15 ou le 141, ou rendez-vous aux urgences.
Prenez rendez-vous rapidement au cabinet en cas de sang dans les urines, même une seule fois, de grosseur testiculaire, de PSA élevé, d’anomalie du rein découverte à l’échographie ou de douleur lombaire qui persiste. Un avis précoce permet souvent d’être rassuré, ou de traiter au meilleur moment.
Questions fréquentes
Non, la cause est souvent bénigne : infection, calcul, adénome de la prostate. Mais il faut toujours en rechercher l’origine, surtout chez un fumeur ou après 50 ans, même si le saignement n’a eu lieu qu’une fois.
La réunion de concertation pluridisciplinaire rassemble les différents spécialistes du cancer. Ils examinent ensemble votre dossier et proposent le traitement le plus adapté, qui vous est ensuite présenté et expliqué en consultation.
Non, c’est une idée reçue. La biopsie est un examen courant, réalisé sous anesthésie locale, indispensable pour confirmer le diagnostic et choisir le bon traitement. Ses risques principaux (saignement, infection) sont prévenus et expliqués à l’avance.
Le testicule restant assure le plus souvent une fertilité et une vie sexuelle normales. Par précaution, une conservation de sperme est proposée avant tout traitement susceptible d’affecter la fertilité.
Oui, il n’est jamais trop tard. L’arrêt du tabac améliore la tolérance des traitements, la cicatrisation et réduit le risque de récidive, en particulier pour le cancer de la vessie. Une aide au sevrage peut vous être proposée.