Les fuites urinaires sont fréquentes, à tout âge, et on en parle encore trop peu. Ce n’est ni une fatalité ni une conséquence normale du vieillissement : dans la grande majorité des cas, des solutions existent pour les réduire nettement.
L’incontinence urinaire désigne toute perte involontaire d’urine. Elle peut aller de quelques gouttes lors d’un éclat de rire à des fuites plus importantes qui obligent à porter des protections en permanence. Elle touche les femmes comme les hommes et retentit souvent sur la vie sociale, le sommeil, la sexualité et le moral.
On distingue plusieurs mécanismes, dont l’identification conditionne le traitement :
Incontinence d’effort : fuites lors de la toux, de l’éternuement, du rire, du port de charges ou du sport, liées à un affaiblissement du plancher pelvien ou du sphincter.
Incontinence par urgenturie (vessie hyperactive) : besoin soudain et pressant d’uriner, difficile à retenir, avec fuite avant d’arriver aux toilettes.
Incontinence mixte : association des deux formes précédentes, fréquente chez la femme.
Incontinence par regorgement : la vessie ne se vide pas bien (obstacle, comme une grosse prostate, ou vessie qui se contracte mal) et l’urine déborde goutte à goutte.
Parler de ses fuites à un médecin n’a rien de honteux. C’est un motif de consultation courant en urologie, et c’est la première étape pour retrouver du confort.
Symptômes
Les signes varient selon le type d’incontinence. Notez-les avant la consultation : ils orientent beaucoup le diagnostic.
Fuites à la toux, au rire, à l’éternuement ou à l’effort
Envies urgentes, difficiles à retenir
Besoin d’uriner très souvent, le jour comme la nuit
Fuites au moment de mettre la clé dans la porte ou d’entendre l’eau couler
Jet faible, sensation de vessie mal vidée, gouttes permanentes
Port de protections, limitation des sorties ou du sport
Diagnostic
Le bilan se fait le plus souvent en consultation, de façon simple et respectueuse. Il vise à préciser le type de fuites, leur retentissement et à rechercher une cause à traiter.
Interrogatoire et calendrier mictionnel
Circonstances des fuites, antécédents (grossesses, chirurgie, diabète, traitements). Sur deux à trois jours, vous notez l’heure et le volume de chaque miction, les boissons et les fuites.
Examen et analyse d’urine
Examen clinique adapté (périnée chez la femme, prostate chez l’homme) et analyse d’urine pour écarter une infection ou du sang dans les urines.
Échographie et bilan urodynamique
Échographie avec mesure du résidu après miction. Le bilan urodynamique, qui étudie le remplissage et la vidange de la vessie, est proposé dans certains cas, notamment avant une chirurgie.
Traitements et interventions
Le traitement est progressif et adapté au type d’incontinence, à la gêne ressentie et à vos attentes. On commence presque toujours par les solutions les plus simples ; la chirurgie n’est envisagée qu’en cas d’échec ou de forme importante.
En première intention
Rééducation périnéale
Séances avec un kinésithérapeute ou une sage-femme formés, pour renforcer et apprendre à contracter les muscles du plancher pelvien. Efficace surtout dans l’incontinence d’effort, à condition de poursuivre les exercices à domicile.
Au quotidien
Règles hygiéno-diététiques
Répartir les boissons dans la journée et réduire le soir, limiter café, thé et boissons gazeuses, traiter la constipation, perdre du poids si nécessaire, rééduquer la vessie en espaçant progressivement les mictions.
Vessie hyperactive
Médicaments
Des médicaments qui calment les contractions de la vessie peuvent réduire les urgences et les fuites. Ils sont prescrits après évaluation, en tenant compte de vos autres traitements et des éventuels effets indésirables.
Si les médicaments ne suffisent pas
Toxine botulique intravésicale
Injectée dans la paroi de la vessie par les voies naturelles, sous endoscopie, elle relâche le muscle vésical. L’effet est temporaire et les injections peuvent être renouvelées ; une surveillance de la vidange est nécessaire.
Chez la femme
Bandelette sous-urétrale
Dans l’incontinence d’effort qui persiste malgré la rééducation, une fine bandelette placée sous l’urètre par une courte intervention peut soutenir le canal lors des efforts. L’indication se discute au cas par cas.
Chez l’homme
Bandelette ou sphincter artificiel
Lorsque des fuites persistent durablement après une chirurgie de la prostate malgré la rééducation, une bandelette masculine ou un sphincter urinaire artificiel peuvent être envisagés, selon l’importance des fuites et le bilan.
En cas d’incontinence par regorgement, le traitement vise d’abord la cause (obstacle prostatique, rétrécissement, vessie qui se contracte mal). Une vidange par sondage peut être nécessaire, temporairement ou de façon régulière.
Chez la femme, chez l’homme
Les causes et les solutions ne sont pas tout à fait les mêmes selon le sexe. Dans les deux cas, une prise en charge précoce donne les meilleurs résultats.
Chez la femme
Les grossesses et les accouchements peuvent étirer et affaiblir le plancher pelvien.
À la ménopause, la baisse des hormones fragilise les tissus de l’urètre et du vagin.
Le surpoids, la toux chronique, la constipation et les sports à impact augmentent la pression sur le périnée.
Une rééducation périnéale après l’accouchement est utile, même en l’absence de fuites importantes.
Une descente d’organes (prolapsus) peut être associée et sera recherchée à l’examen.
Chez l’homme
Des fuites sont fréquentes après une chirurgie de la prostate, en particulier après une prostatectomie pour cancer ; elles s’améliorent souvent progressivement au fil des mois.
Une rééducation périnéale, idéalement débutée tôt, aide à récupérer le contrôle.
Une grosse prostate peut provoquer des urgences ou une vessie qui déborde (regorgement).
Les gouttes après la miction sont fréquentes et souvent bénignes ; elles peuvent être réduites par des gestes simples.
Diabète et maladies neurologiques peuvent aussi perturber le fonctionnement de la vessie.
Lors de la consultation, vous pouvez venir accompagné(e) ou seul(e), selon ce qui vous met le plus à l’aise. Les questions sont posées avec tact, et l’examen n’est réalisé qu’avec votre accord, après vous avoir expliqué son déroulement.
Une simple analyse d’urine permet d’écarter une infection, cause possible de fuites.
Quand consulter ?
Consultez en urgence si :
Vous n’arrivez plus du tout à uriner, avec un ventre tendu et douloureux
Les fuites apparaissent brutalement avec une faiblesse des jambes, des troubles de la sensibilité du périnée ou des selles
Les fuites s’accompagnent de fièvre, de brûlures intenses ou de douleurs dans le dos
Appelez le 15 ou le 141, ou rendez-vous aux urgences.
Prenez rendez-vous dès que les fuites vous gênent, quelle que soit leur importance, ainsi qu’en cas de sang dans les urines, d’infections répétées, de difficultés à vider la vessie ou de fuites persistantes après une chirurgie de la prostate ou un accouchement.
Questions fréquentes
Elles sont plus fréquentes avec l’âge, mais ne sont pas « normales » pour autant. Il n’y a pas d’âge pour consulter : à tout âge, des traitements peuvent améliorer nettement la situation.
Non. Boire trop peu concentre les urines, irrite la vessie et favorise infections et calculs, surtout avec la chaleur de Marrakech. Il vaut mieux répartir les boissons dans la journée et les réduire en soirée.
C’est un examen qui enregistre les pressions dans la vessie pendant son remplissage et sa vidange, à l’aide d’une fine sonde. Il n’est pas systématique, mais il aide à choisir le traitement, notamment avant une chirurgie ou si le premier traitement n’a pas fonctionné.
Le plus souvent, elles diminuent progressivement au cours des premiers mois, surtout avec une rééducation bien suivie. Si elles persistent, des solutions chirurgicales existent et peuvent être discutées lors d’un bilan.
Oui. Les hommes ont aussi un plancher pelvien qui se rééduque. Elle est particulièrement recommandée avant et après une chirurgie de la prostate pour favoriser la récupération de la continence.